Quand j'échange avec des Directeurs Qualité et des Responsables Conformité sur le terrain, le constat est presque toujours le même : le Risk-Based Oversight (RBO) est sur toutes les lèvres, mais bien peu d'organisations ont réellement franchi le pas.

Sur le papier, l'approche séduit tout le monde. Pourtant, dans la pratique, sa mise en œuvre bute sur une réalité pragmatique : les équipes sont déjà saturées par la gestion du quotidien et la masse documentaire à traiter.

Voici mon analyse de terrain sur les verrous du RBO et la méthode pas-à-pas pour en faire un vrai outil de pilotage.

1. Vingt ans d'évolutions réglementaires face au mur du quotidien

Le RBO n'est pas une idée neuve. Introduit progressivement par l'OACI (Doc 9859), formalisé par l'EASA dès 2012 puis adopté par l'IATA (standards IOSA), le principe repose sur une évidence : abandonner le contrôle calendaire rigide (l'audit systématique tous les 12 ou 24 mois) pour concentrer les ressources là où les risques sont les plus élevés.

Pourtant, dans la majorité des compagnies, MRO ou aéroports, la surveillance reste massivement axée sur la conformité documentaire formelle (« tick-the-box »). L'approche prescriptive offre un cadre rassurant, prévisible et facile à justifier auprès des autorités lors des renouvellements d'agréments. Mais elle entretient une forme d'illusion de sécurité. Les cadres réglementaires européens (via le SSP, le plan EPAS ou les grilles d'évaluation MSAT) poussent l'industrie vers la mesure de la performance réelle, mais sur le terrain, le fossé se creuse. Passer d'une logique de calendrier fixe à un suivi dynamique fondé sur les risques exige deux prérequis que la plupart des PME de l'aérien n'ont pas : un volume de données d'incidents parfaitement structuré et du temps expert disponible pour les analyser.

2. Surveillance interne et externe : l'exigence d'une granularité fine

Pour sortir de la théorie sans bâtir une usine à gaz, nous privilégions une méthode pragmatique, issue de l'expérience terrain accumulée chez Time to Fly, qui permet de démarrer le RBO immédiatement, même avec peu de données historiques et des ressources limitées.

L'approche repose sur un découpage en deux volets très opérationnels :

  • La surveillance interne (découpage par sous-thèmes) : Plutôt que d'auditer l'ensemble d'un domaine (ex. Opérations Vol) en bloc une fois par an, la méthode consiste à découper les processus en sous-thèmes fins (sélection des aérodromes, minima opérationnels, performances, programme carburant...). Chaque sous-thème est évalué selon une grille accessible croisant les changements ayant eu lieu dans le domaine concerné, les événements de sécurité et l'historique des écarts.
  • La surveillance externe (gestion des sous-traitants) : Traiter tous les prestataires de la même manière est un gaspillage de ressources. Un score de risque individuel est calculé en pondérant des critères simples : la criticité de la tâche, la fréquence d'utilisation, le risque géographique/géopolitique, la dépendance à ce sous-traitant, les agréments détenus... Un sous-traitant critique fera l'objet d'un audit complet, tandis qu'un partenaire à faible enjeu sera suivi par une simple revue documentaire ou un questionnaire.

3. Le véritable goulot d'étranglement : la saturation du temps expert

Pourquoi cette méthode peine-t-elle encore à se généraliser ?

Parce que la réalité opérationnelle rattrape vite les meilleures intentions. Aujourd'hui, les responsables système de gestion et leurs équipes sont déjà mobilisés à 100 % pour répondre aux exigences réglementaires obligatoires et traiter les urgences du quotidien.

Alimenter un profil de risque exige de croiser des manuels, d'analyser des historiques d'écarts et de traiter de la donnée en continu. Faute de temps et de bande passante pour ajouter cette couche d'analyse supplémentaire, le RBO passe au second plan. Les organisations s'en tiennent alors à ce qui est immédiatement exigé : le planning de surveillance classique.

Ce que cela change pour vos processus de conformité

Mon expérience aux côtés des acteurs de l'aérien m'a prouvé une chose : on ne peut pas demander aux équipes de faire du Risk-Based Oversight si on ne leur redonne pas d'abord de la disponibilité.

C'est précisément la genèse de RegUp. En automatisant la pré-analyse de vos manuels face aux exigences réglementaires, l'outil libère vos équipes des tâches les plus chronophages, pour leur permettre de se concentrer sur des sujets tels que la mise en place du RBO !

Et ce n'est qu'une étape. Nous travaillons déjà sur la suite : intégrer la logique RBO directement au cœur de RegUp. Affaire à suivre !